Camouflage
Rag'

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Camouflage

Par Rag' - 16-03-2010 14:55:11 - 10 commentaires

Camouflage

Camouflage : Chez les animaux, le camouflage est une des formes du mimétisme. (Wikipédia)

J’ai beaucoup de mal à parler de mon adolescence. Non pas que les souvenirs manquent ni que la honte m’étreigne à l’évocation de certains épisodes douteux mais j’éprouve de la tristesse à ressasser cette période de ma vie. Les images qui me reviennent sont empreintes de frustration, d’hésitation, de questionnement existentiel. Lieu commun, me direz-vous. Certes l’adolescence est par essence un conflit puis une émancipation douloureuse où l’expérimentation et le questionnement génèrent de nombreux souvenirs qui, à défaut d’être croustillants, sont souvent l’occasion de concours d’anecdotes lors de dîners entre amis ; néanmoins je n’éprouve aucune tendresse pour  mon « moi » adolescent. Au mieux de la mélancolie.

Durant ces quelques années, bien trop nombreuses et trop longues à mon goût, j’ai acquis une certaine capacité à me fondre dans la masse grouillante des ados. Me camoufler au milieu de mes congénères ne fut pas si difficile ; passer son temps à faire, dire, réussir  ce que l’on attendait de moi était une seconde nature. Parce qu’il n’y a pas que les adultes qui attendaient de moi, il y avait mes pairs, garçons et filles, XX et XY, boutonneux et boutonneuses. Certainement les plus exigeants, les plus cruels… Rien ne devait dépasser. « Mets-toi bien dans le rang », « écoute ça ! », « viens ici », « fais pas ci, fais pas ça » aurait dit Jacques, sauf que les emmerdeurs se matérialisaient sous la forme de clones et « clonettes » de dix-huit piges. J’ai tout naturellement adopté une technique de camouflage qui ne m’a plus quitté depuis. Oui, le camouflage. Se camoufler, la plupart des prédateurs usent de cet art pour bouffer, moi, c’était pour éviter de me faire bouffer. Se fondre, mimer, imiter, voilà en quoi consistait la plupart de mes journées. Faire semblant. Faire semblant d’exister.

Ce décalage avec la réalité, avec MA réalité fut à l’origine de nombreux quiproquos, de malentendus. Malentendus qui m’obligeaient chaque fois à revêtir une nouvelle tenue de camouflage, celle du bon élève, du bon fils, du bon copain. Sans aucun doute, celle du bon copain m’a causé le plus de peine. Et plus je m’évertuais à m’en extirper, plus je m’y enfonçais, plus on m’y enfonçait… Le copain confident, ça, j’ai su faire. Souvent. Trop souvent. Alors que mon for intérieur m’appelait à tout envoyer valdinguer, à envoyer chier garçons et filles venus s’épancher sur l’épaule réconfortante du « grand », je jouais à la perfection le rôle que l’on m’avait assigné, que je m’étais assigné de peur de décevoir, d’être délaissé. Tout ce que je voulais était de devenir vraiment l’un d’entre eux, vivre les mêmes histoires d’amour à la con, connaître les mêmes plans cul sans lendemain, goûter aux mêmes paradis artificiels. Être parmi mes semblables et ne plus faire semblant.

Ou ne plus en avoir conscience.

Période cruelle que celle des premières amours où faire semblant était la condition sine qua none à la découverte de l’autre féminin : faire semblant d’écouter, d’aimer, de compatir. Faire semblant d’être heureux, d’être triste, de s’amuser, d’apprécier le film, de sourire pour la photo. Tricher était la règle. Malheureusement pour elle - et pour moi - l’apparence n’était pas conforme, le contenu en contradiction avec le contenant. Pas bien efficace pour les relations durables… De déception en déception, j’ai tracé mon chemin laissant beaucoup de monde sur le bord de la route, sur le bord des routes. Ou plutôt, l’on me débarquait, je ne faisais plus partie du voyage, du paysage, « allez, casse-toi ! T’es sympa mais va voir ailleurs. »

Ce petit jeu n’a pris réellement fin qu’avec la naissance de mon premier enfant, j’ai inconsciemment cessé de tricher avec mon « sang ». Enfin.

 

Avec mon sang.

C’est déjà ça…

 

 

Epilogue

Il y a quelques jours, le mot « camouflage » m’est apparu au détour d’une conversation entre collègues de boulot. Ce mot collait parfaitement à ma conception du monde professionnel. Et de fil en aiguille, j’ai pris conscience que j’avais passé la majeure partie de mon existence à me camoufler, me cacher. Douloureuse lucidité.

Ne pas se faire bouffer.

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10 commentaires

Commentaire de Mustang posté le 16-03-2010 à 17:10:35

Quelle est la raison d'un camouflage, sinon de se protéger; n'est-ce pas là suffisant comme raison?

Commentaire de shunga posté le 16-03-2010 à 17:23:34

Beaucoup plus intéressant que le plan cul habituel... Ca valait le coup d'attendre. Aurais-tu enfin compris que tu n'étais pas comme tout le monde ? De là à l'accepter, il n'y a plus beaucoup de pas. Assisterons-nous à une renaissance ? Ca serait bon ça !
Merci :)

Commentaire de BENIBENI posté le 16-03-2010 à 19:05:16

" On peut d'arranger pour ne pas être vu mais disparaître est une autre affaire "

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 16-03-2010 à 22:46:58

Quand je pense que gamin, j'aurais voulu être grand comme toi !

Et cela n'aurait pas été pour me camoufler mais pour distribuer des baffes !

Commentaire de Jay posté le 17-03-2010 à 10:37:47

C'est une question que je me suis longtemps posée dans le monde de l'entreprise, doit on céder à l'hypocrisie pour durer dans le monde pro ? Ma vision étant que l'hypocrisie est une forme de "camouflage" pour ne pas se faire "tirer" dessus .. et dans le dos généralement par expérience.

Jay

Commentaire de Pegase posté le 17-03-2010 à 13:47:23

Expression des émotions, des non-dits. Va faire un peu de sophro ;-))

Commentaire de Rag' posté le 17-03-2010 à 20:56:04

Réduire cela à de l'hypocrisie est un raccourci facile. Compréhensible pour autrui mais trop facile. La démarche est plus complexe et j'ai beaucoup de mal à l'exprimer. Complexe et douloureuse.

Commentaire de Francois dArras posté le 18-03-2010 à 09:53:01

Que dire...? Bien trop de choses me viennent à l'esprit pour les dire ici.
Mais si tu veux qu'on en parle à Steenwerck il va falloir que tu ralentisse car 12 heures ne suffiront pas.

Commentaire de L'Dingo posté le 19-03-2010 à 16:08:32

Comme dirait le roi lion: c'est le grand cycle de la vie. :-))

Une succession de phases ou l'on construit sa personnalité:
- par l'identification (l'adolescence,... la vie en couple et les premiers boulots plus tard..)
- par la rebellion ( 18 ans , étudiant..., le démon de midi et "au revoir président vers la quarantaine )
etc, etc....

Tout(es) nous passons par là , mais chacun construit sa propre identité.


En tout cas , tu as developpé le "bien écrire" pendant toutes ces années, et pourtant tu as évité de devenir toi aussi un Lutin ! :-))))).
A chacun sa différence !!





Commentaire de tartarol posté le 25-03-2010 à 23:24:10

Grand Rag',
c'est vachement touchant ce que tu écris.
Parce que c'est bien tourné.
Parce que la sincérité est à fleur de peau, là.
Parce que je te connaissais déjà à ta grande époque de camouflage, et que je me reconnais (comme chacun je pense, un peu, beaucoup, passionnément...) dans tes mots.
Sache qu'il est jamais trop tard pour apprendre à se connaître, à s'accepter, bref, à s'assumer.
Et à prendre la vie à bras-le-corps, quels que soient les joies, les peines, les coups, les cadeaux qu'elle pose dans la corbeille.
Jamais trop tard pour avancer, mais je ne parlerai pas de renaissance ici,
tant on renaît à soi-même tant de fois dans une vie.
Tu parviens à exprimer ce qui a au fond de toi, avec une belle plume,
réussir cette mise à nu est déjà un grand pas dont tout le monde n'est pas capable.
Et puis au fond, crois-tu que ceux qui profitaient des plans cul, des histoires sans lendemain et des paradis artificiels étaient réellement plus sûrs d'eux et plus heureux que toi ? Hein ?
Bises l'ami

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